Un marabout est, au sens premier, un homme de religion musulman : un lettré qui enseigne le Coran, prie pour les autres et les conseille. En Afrique de l’Ouest, le mot désigne aussi le guide spirituel que l’on consulte pour une décision, une épreuve ou une inquiétude. Le maraboutisme, lui, nomme l’ensemble des pratiques et des liens sociaux qui se sont formés autour de ces guides. Ce guide reprend la définition du marabout, l’origine du mot, son rôle au Sénégal, au Mali et en Guinée, les confréries, et le sens qu’il a pris en France.
Le même mot désigne aussi un grand oiseau échassier d’Afrique et une tente de réception : il n’en sera pas question ici.
Marabout : définition et origine du mot
Le mot vient de l’arabe murābiṭ, formé sur une racine qui signifie « attacher, lier ». Le murābiṭ est d’abord l’homme qui vit dans un ribāṭ, un poste fortifié établi aux frontières du monde musulman, où l’on partageait la garde, la prière et l’étude. Les ribats de Monastir et de Sousse, en Tunisie, bâtis aux VIIIe et IXe siècles, en gardent la trace.
Vers 1040, un mouvement religieux naît parmi des tribus berbères qui nomadisent entre le sud du Maroc et le fleuve Sénégal. Il prend le nom d’al-Murābiṭūn, « les gens du ribat ». Sous l’impulsion du prédicateur Abdallah ibn Yassin, il donne naissance à l’empire des Almoravides, qui s’étend jusqu’à l’Espagne musulmane et disparaît en 1147. Le nom de la dynastie et celui du marabout ont donc la même source.
Le français a reçu le mot par l’intermédiaire du portugais marabuto. Au fil des siècles, il a désigné un saint homme, un ermite, un lettré musulman et, en Afrique du Nord, le tombeau d’un saint.
Quel est le rôle d’un marabout en Afrique de l’Ouest ?
Au Sénégal, au Mali, en Guinée et dans les pays voisins, le marabout occupe une place familière de la vie sociale. Son nom change selon les langues : serigne en wolof, thierno en peul, karamoko dans les langues mandingues, où le mot signifie « maître, celui qui enseigne ». Ses fonctions se recoupent souvent :
- Enseignant : il transmet la lecture du Coran aux enfants et aux adultes dans une école coranique, le daara au Sénégal, où ses élèves sont appelés talibés.
- Guide religieux : il conduit la prière, explique les textes et accompagne les étapes de la vie, du baptême au mariage et au deuil.
- Guide spirituel : il prie pour une personne, donne une bénédiction, prescrit une aumône ou une offrande, propose une retraite de prière.
- Conseiller : on vient lui parler d’un mariage, d’un conflit de famille, d’une décision difficile, d’un départ. Il écoute, interprète et oriente.
- Protecteur : il prépare des amulettes, les gris-gris, souvent de petits étuis de cuir qui renferment un écrit et se portent sur soi.
Le mot recouvre donc des réalités très diverses : du savant entouré de nombreux disciples au marabout de quartier que l’on consulte pour une question précise.
Qu’est-ce que le maraboutisme ?
Le mot maraboutisme se rencontre surtout dans les écrits français de l’époque coloniale, en Algérie puis en Afrique de l’Ouest. Administrateurs et savants l’emploient pour désigner l’influence des marabouts et des familles religieuses sur la société, souvent avec méfiance. L’administrateur Paul Marty consacre ainsi, en 1917, ses Études sur l’islam au Sénégal à ces réseaux de maîtres et de disciples.
Les chercheurs ont ensuite décrit le maraboutisme avec plus de nuances. Le politologue Christian Coulon, dans Le Marabout et le Prince (1981), montre comment les marabouts sénégalais ont servi d’intermédiaires entre les populations et le pouvoir. L’anthropologue Jean Copans, dans Les Marabouts de l’arachide (1980), étudie les liens entre la confrérie mouride et les paysans du bassin arachidier.
Dans l’usage courant d’aujourd’hui, le maraboutisme désigne plus largement tout ce qui entoure la consultation d’un marabout : prières, amulettes, offrandes, rituels. Le verbe familier « marabouter » signifie faire appel à un marabout pour agir sur quelqu’un, le plus souvent dans un sens inquiétant.
Les confréries soufies : comment s’organise la vie religieuse ?
Au Sénégal, la plupart des musulmans se rattachent à une confrérie soufie, ou tariqa, « la voie ». Chaque confrérie transmet un enseignement par une chaîne de maîtres. Le fidèle s’y lie à un guide, son marabout, auquel il doit respect et dont il reçoit conseils et bénédictions.
- La Qadiriyya se réclame d’Abd al-Qadir al-Jilani, mystique de Bagdad du XIIe siècle. C’est la première à s’être implantée au Sénégal.
- La Tijaniyya, fondée en 1782 par Ahmad al-Tijani, est la plus répandue d’Afrique de l’Ouest. El Hadj Omar Tall l’a diffusée au XIXe siècle. Au Sénégal, ses deux grands foyers sont Tivaouane, autour des descendants d’El Hadji Malick Sy, et Kaolack, autour de ceux d’El Hadj Abdoulaye Niasse.
- La Mouridiyya, fondée en 1883 par Cheikh Ahmadou Bamba, a pour ville sainte Touba. Chaque année, le Grand Magal y commémore le départ en exil de son fondateur, en 1895, sous la pression de l’administration coloniale française.
- La Layène est née dans la communauté lébou de Yoff, près de Dakar. C’est la moins nombreuse des quatre grandes confréries sénégalaises.
Le Mali et la Guinée connaissent surtout la Qadiriyya et la Tijaniyya. Dans le Fouta-Djalon guinéen, des lettrés peuls ont fondé au XVIIIe siècle un État dirigé par des religieux, dont le premier chef est resté dans l’histoire sous le nom de Karamoko Alfa.
Que vient-on chercher chez un marabout ?
Les raisons de consulter sont aussi variées que les vies. On vient chercher :
- une écoute et un regard extérieur sur une situation qui tourne en rond ;
- des prières et une bénédiction avant une étape importante ;
- un éclairage sur une décision : un mariage, une séparation, un projet de vie ;
- une protection pour soi, son couple ou son foyer ;
- un apaisement après une rupture ou un conflit familial.
Dans la tradition, le marabout agit sur le plan spirituel, avec ses moyens propres : la prière, le conseil, le rituel. Il ne remplace ni le médecin, ni le psychologue, ni l’avocat. Pour une question d’orientation ou un sentiment de blocage, la page consacrée à la guidance spirituelle et au déblocage présente ce type d’accompagnement.
Le marabout en France : que désigne le mot aujourd’hui ?
En France, le mot a pris un sens plus étroit. Dans les petites annonces, sur les cartes distribuées dans la rue ou sur internet, « marabout » désigne le plus souvent un praticien africain qui propose de la voyance, des rituels d’amour, une protection ou un désenvoûtement. Ces annonces ont fixé une image, souvent faite de promesses et de délais annoncés.
Cet usage s’éloigne du sens d’origine. Il mêle le guide religieux, le devin, le féticheur et parfois le sorcier, des figures que les sociétés africaines distinguent avec soin. Le guide marabout, voyant, sorcier : quelles différences détaille ces nuances. Pour savoir à qui l’on s’adresse, quelques repères concrets aident : identité vérifiable, adresse, absence de promesse de délai. Ils sont réunis dans le guide pour reconnaître un marabout sérieux.
Femme marabout, devenir marabout : que dit la tradition ?
Le rôle de marabout est traditionnellement tenu par des hommes, mais les femmes occupent une place réelle dans la vie religieuse. Au Sénégal, des femmes de familles religieuses, que l’on appelle sokhna, enseignent, animent des cercles de prière et, pour certaines, guident des communautés. Mame Diarra Bousso, mère de Cheikh Ahmadou Bamba, fait l’objet d’une grande vénération : un pèlerinage se tient chaque année à Porokhane, où elle repose.
Pour devenir marabout, il n’existe ni diplôme ni ordre professionnel. Dans la tradition, le chemin passe par de longues années d’étude auprès d’un maître : le Coran, la langue arabe, le droit, la mystique. La légitimité vient ensuite de la transmission reçue et de la confiance des personnes qui consultent.
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Ndiaye Salifou Malick inscrit sa pratique dans la spiritualité africaine et les pratiques traditionnelles. Il propose des consultations et des accompagnements spirituels personnalisés, avant tout autour du retour affectif, des difficultés de couple et des séparations, mais aussi de la protection spirituelle et de la guidance. Son cabinet est installé à Aix-les-Bains, en Savoie, depuis 2013.
Il reçoit au cabinet du 14 avenue de Verdun et consulte à distance, par téléphone ou WhatsApp, partout en France : la plupart des rituels se font à distance. Chaque situation étant différente, le premier échange permet de présenter son problème et de connaître les possibilités d’accompagnement ainsi que les modalités de consultation. Les pages consacrées au marabout et à sa pratique et à la consultation à distance en disent davantage.


